Valeri Podoroga

Valeri Podoroga [1946-2020] fait partie des jeunes philosophes non conformistes que Jacques Derrida rencontre lors de son premier voyage à Moscou, en février 1990. Il soutient sa thèse sur le problème du langage dans la philosophie négative de Theodor W. Adorno en s'appuyant sur la phénoménologie allemande et française, avant que ses célèbres travaux sur le machinisme dans l’avant-garde russe ne le rapprochent des pensées de Gilbert Simondon, Paul Florensky, Herbert Marshall McLuhan, Gilles Deleuze et Félix Guattari. En URSS, il dialogue avec le philosophe soviétique géorgien Merab Mamardachvili et s’inspire des libertés que prend ce dernier pour penser en dehors des canons officiels. Il noue un dialogue avec des artistes au sein de l’Atelier moscovite d’anthropologie visuelle (1993-1994). Ses études sur Foucault, qu’il est l’un des premiers à introduire sérieusement en Russie, assoient sa réputation. En 1995, il publie deux ouvrages : Vyraženie i smysl’ [Sens et Expression] et Fenomenologija tela [Phénoménologie du corps]. Ses analyses originales portant sur Kierkegaard, Nietzsche et Heidegger vivifient le milieu philosophique russe. C’est en 2006 qu’il publie le premier tome de son œuvre majeure : Mimésis (le second suivra cinq ans plus tard). Cette immense entreprise philosophique cherche à dévoiler le potentiel de la littérature russe, qui « a acquis, durant ces deux derniers siècles, une expérience existentielle unique et inestimable qu’elle n’est pas en mesure d’assimiler sans l’aide de méthodes adjacentes ». Il y jette un regard neuf et pluridimensionnel sur l’œuvre de quatre grands écrivains russes : Gogol, Dostoïevski, Biély et Platonov. Cette gigantesque exploration s’achève sur l’Obériou, un groupe de jeunes poètes créé à Léningrad à la fin de l’année 1927. Un florilège de passages est traduit en anglais et en allemand, et une partie entière, celle consacrée à Dostoïevski, l’est dorénavant en français (PUC, 2026).

Podoroga a étudié également divers grands auteurs de la littérature européenne, tels Proust et Kafka. Il n’hésite pas, par ailleurs, à aborder des questions plus politiques, comme la spécificité du Goulag, qu’il tente de cerner à travers les récits de Chalamov. Un autre pan important de sa production philosophique est consacré au cinéma, avec notamment un immense ouvrage en deux volumes sur Sergueï Eisenstein et le cinéma de la violence, articulé autour du concept de second écran.

Podoroga aimait comparer son œuvre à un archipel, soulignant ainsi l’aspect discontinu des territoires explorés, l’absence de début et de fin, et néanmoins l’exigence d’une cohérence globale.

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Titres avec la participation de Valeri Podoroga

La Naissance du double

La Naissance du double

la logique de la psychomimésis et l'œuvre littéraire de Dostoïevski, Première édition

Valeri Podoroga

Arthur Clech, Fabien Rothey