Développement local, innovations et expérimentations sociales, tels sont les nouveaux mots d'ordre de l'action sociale des années quatre-vingt. Réactivant ou se faisant l'écho des incantations d'hier et pris dans le mouvement de la décentralisation, le travail social serait peut-être à un tournant de sa courte histoire. Au-delà des volontés ont lieu des expériences avec leurs résultats, leurs acteurs, leurs modes de faire, leurs stratégies. Cet ouvrage, qui fait suite à une autre publication, "Mouvance de la famille : réponses de l'action sociale", se propose d'analyser ce qui est en jeu dans une recherche-action visant à concevoir et opérationaliser une action sociale locale pour les acteurs qui y participent : décideurs, praticiens administratifs et sociaux, usagers et chercheurs. Prise comme objet d'analyse à part entière, les auteurs considèrent cette expérimentation comme symptomatique de ce qui est à l'œuvre dans l'action sociale actuellement (localisation du social, recours à la recherche, aux démarches participatives, etc.) Ne se limitant pas à une évaluation des résultats obtenus au terme de quatre années d'une démarche collective ou à une restitution de ce que joue chaque catégorie d'acteurs dans de telles tentatives, D. Le Gall et C. Martin esquissent ici une interprétation de ces actions qu'ils assimilent à un bricolage ; bricolage au sens où, non seulement ces expérimentations sont peu élaborées, fragiles et éphémères, mais surtout, parce qu'elles reflètent un social organique qui semble échapper à un code sociétal voulant le rationnaliser.
A l'heure où les institutions sociales se veulent promotionnelles et les travailleurs sociaux, agents de développement, l'action sociale chercherait sa voie dans cette "déviance normale" qui ne se situe plus contre mais avec les institutions. Doit-on y lire l'échec d'une conception technocratique du social ? Telle semble être la question ne que pose « Pas de social sans bricolage ».