Donner à entendre la voix singulière de Gabriel Tarde, l'audace métaphysique de celui qui fut philosophe « sans avoir cherché à l’être, sans y avoir pensé » (Henri Bergson), suivre les contours souvent déroutants d’une recherche atypique, comprendre la filiation philosophique dans laquelle on peut l’inscrire, mesurer l’actualité de l’intempestif, sa puissance de suggestivité et sa puissance à servir de modèle non moins que sa suggestibilité ou facilité à subir des exemples : tels auront été le vœu et le menu du colloque qui s’est tenu à l’université de Caen Normandie en 2016, avec la collaboration du Centre d’histoire de Sciences Po (Fondation nationale des sciences politiques) où sont déposées les archives Gabriel Tarde.
Direct héritier des considérations biraniennes sur l’hypnose et le somnambulisme, qu’il étend aux rapports interpersonnels, Gabriel Tarde s’inscrit dans une ligne philosophique qui va de Leibniz à Deleuze en passant par Cournot, Maine de Biran, et Bergson.
Ce volume propose des lectures en amont du penseur (avec des inédits), mais aussi en aval, dans ses échos, à partir des travaux déjà réalisés et poursuivis en France, outre-Manche, aux États-Unis ou en Europe. Penseur de la relation interpersonnelle et / ou infra-individuelle, Gabriel Tarde développe une théorie tout à fait originale de la causalité mentale : les deux forces élémentaires à l’œuvre dans le monde en général et le monde social en particulier, la croyance et le désir, sont au fondement d’une logique (répartition des croyances) et d’une dynamique (répétition et invention, distribution des désirs) sociales qui obligent à dépasser le débat polémique stérile de l’individualisme et du sociologisme, et affectent des domaines aussi variés que la psychologie, la criminologie, l’économie, la cosmologie ou la futurologie.
Anne Devarieux
Avant-propos. (Re)lire Gabriel Tarde (1843-1904). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
Louise Salmon
Les « Études psychologiques sur moi-même » de Gabriel Tarde.
Faire science de soi, la genèse d'une méthode de travail. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
Anne Devarieux
Différence(s) et analogie(s) : la méthode Tarde. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
Arnaud Bouaniche
Imitation et émotion : Bergson lecteur de Tarde. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
Thierry Martin
Statistique et dynamique de l'imitation chez Gabriel Tarde. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
Marc Renneville
La criminalistique : une leçon inédite de Gabriel Tarde au Collège de France (1902-1903). . . . . 87
David Toews
De plus hautes diversités : la misanthropie et la futurologie de Gabriel Tarde. . . . . . . . . . 103
Pierre Montebello
Cosmologie et psychologie des crises économiques chez Gabriel Tarde. . . . . . . . . . . . . 123
Didier Debaise
Les puissances subjectives de la nature selon Gabriel Tarde. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135
Varia
Fabien Schang
Les attitudes russelliennes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 149
Résumés. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 169
Notes sur les auteurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 175